Le secret des origines.

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Le secret des origines.

Message par Marysol Lavandier le Mer 7 Juin - 13:29

Le prix à payer.



Les grillons n’en pouvaient plus de chanter sous les futaies, le soleil inondait d’une chaleur suffocante le jardin qui bruissait d’un vent trop léger et Marysol, petite fille d’une dizaine d’années, lisait tranquillement assise par terre non loin de son grand-père qui, attablé seul à la table débarrassée sous la pergola, finissait la grande cruche de vin rosé du déjeuner familial.

Il soliloquait, comme souvent, mais la chaleur semblait lui apporter un peu plus de mélancolie qu’à l’ordinaire. Tout à coup, finissant de verser le reste de vin de la cruche, il l’interpella d’un ton hésitant.

« T’sais c’qui m’chagrine le plus, Marysol ? ». La petite fille releva le nez de son livre et le regarda, étonnée de l’entendre ainsi manger ses mots. Il continua sans attendre qu’elle réponde. « C’est qu’ta grand-mère, c’te pauv’femme, elle t’aura pas vue grandir… Sûr qu’elle aurait été drôl’ment contente d’pouvoir t’essspliquer tous ses s’crets. Passque toi tu aurais su la comprendre, c’est sûr ça, je l’sais, qu’t’es une magicienne comme elle. »

Ce n’était pas la première fois que son grand-père lui parlait de son épouse défunte, il ne se passait d’ailleurs pas un seul jour sans qu’il y fasse allusion, car elle lui manquait. Mais c’était la toute première fois qu’il faisait état de ses talents particuliers, ceux qu’elle avait appris à taire pour ne plus être mise à l’écart par les autres, en les associant à sa grand-mère. Elle se leva et vint s’asseoir près de lui, devant la table. « Ah ?». Il acquiesça, vida son verre et le lui montra. « T’voudrais pas aller m’chercher une aut’cruche ? Pis après j’te raconte ça, s’tu veux ».

Marysol ne se fit pas prier, d’un bond elle se dirigea vers la cuisine et attrapa dans le placard réfrigéré une autre cruche de vin rosé préparée pour le soir. Grand’Pa la remercia d’un simple hochement de tête et se servit un nouveau verre qu’il vida d’un trait, reniflant sans façons, ce qui étonna la petite fille. Elle attendit sans bouger, l’observant se resservir et priant tous les dieux qu’il ne tombe pas nez contre ta table, assommé par le vin.

« C’tait une belle femme, ta grand mère, t’sais…très belle même, et tu lui ressembles de plus en plus. Quand j’te r’garde grandir, c’est presque comme si j’la r’voyais  grandir à nouveau… T’savais qu’on s’connaissait d’puis tous p’tits ? ». Marysol acquiesça, c’était une histoire qu’il racontait à l’envi, rajoutant toutes sortes de détails amusants ou extraordinaires sur ses fameux talents “de magicienne”, des histoires qui avaient fini par la faire douter de la véracité globale des propos.

Mais peu importait que cela fut vrai ou exagéré. Marysol adorait ces moments de complicité où elle pouvait engranger anecdotes et informations sur celle qui brillait par son absence tout en restant vivace dans les esprits, la belle Emma, morte à la naissance de son fils, son père, Jimmy Lavandier. 

« Mais pourquoi elle est morte ? ». Cette question là revenait sans cesse mais c’était parce que personne jusque là n’avait vraiment su lui donner de réponse satisfaisante. Son père tombait dans un mutisme qui faisait peur à voir, son grand-père tombait en dépression et Maman éludait la question en prétextant une lessive à lancer ou un repas à préparer.

James Lavandier observa longuement sa petite fille, semblant tout à coup prendre conscience de l’intensité du moment et de l’importance de la réponse à donner. Il se resservit un nouveau verre de vin, et comme pour se donner du courage, l’engloutit d’un trait avant de poser brutalement le verre vide sur la table.

« Si elle morte c’est passque c’tait un garçon, Jimmy, ton père… une fille s’rait née c’jour là, elle s’rait encore là pour t’l’expliquer elle même… mais c’est toi qui s’rait sans doute pas née… pis ce s’rait pas une Lavandier. Et ça, elle le savait, et moi aussi ». Il la regardait fixement, dans une attente intense et fataliste des questions qui n’allaient pas manquer de  suivre. « Mais… pourquoi ? ». Marysol n’était pas une grande experte en matière de natalité, mais elle savait tout de même que, normalement, il n’y avait aucune différence entre mettre au monde un bébé fille et un bébé garçon. C’était aussi difficile, aussi douloureux et aussi risqué.

« Passsque … ». Le vin faisait son travail de sape de la conscience et l’esprit du vieil homme s’embrumait de minute en minute. « Passque dans vot’ lignée… toi, ta grand-mère, sa mère et toutes les mères de filles avant elle… quand c’t’un garçon qui nait, ben… j’sais pas pourquoi, mais elles meurent, dans les heures qui suivent ». Marysol  n’en croyait pas ses oreilles. « Mais… pourquoi ? Ils leur font quoi, les bébés garçons, c’pas d’leur faute, si ?». Grand’Pa dodelinait dangereusement de la tête et Marysol craignit de la voir se détacher du corps et rouler seule à terre. « Non… ‘fin j’crois pas. Mais quand ils naissent, y’s’passe un truc qu’on comprend pas, et elles meurent, sans douleur, comme si elles s’endormaient, deux ou trois heures après. Emma disait que c’t’ait dans l’sang et que c’tait l’prix à payer. »

La petite fille n’en avait jamais appris autant mais elle sentait qu’il y avait encore un autre secret caché derrière celui là. Elle pria pour que son grand-père ne glisse pas sous la table tandis que son vieux corps s’affaissait sur la chaise en bois . « Mais… le prix d’quoi alors ? ». Il la regarda longuement, et un sourire juvénile illumina son visage ridé. « Ben… l’prix à payer pour vot’ don, faut croire. Moi j’lai vu à l’oeuvre, t’sais… vot’ don… Plein d’fois… Elle m’a même emm’né voir la Dame Blanche… j’me suis caché et j’ai pu voir tout c’qui s’passait, dans sa grotte au fond d’l’arbre… Z’êtes des magiciennes, des sorcières , d’mère en fille, d’puis la nuit des temps…  des filles des étoiles qu’elle appelait ça, ouais… des filles des étoiles… J’en ai vu des trucs d‘magie, t’sais… jamais on m’croirait si j’racontais tout.. jamais… »

Il s’endormait en parlant et Marysol ne savait pas comment l’en empêcher sans risquer de le faire tomber à terre. Une fille des étoiles… c’était ainsi qu’il l’appelait parfois… lui expliquant que son prénom venait de là haut, tout comme elle. Elle le laissa s’endormir et se leva sans bruit, se demandant qui pouvait bien être cette Dame Blanche. Qui ou quoi qu’elle soit, elle semblait être la clé du mystère. Tout en ramenant la cruche presque vide à la cuisine, Marysol se fit la promesse, du haut de ses 10 ans, de percer le secret dont elle semblait issue.
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Re: Le secret des origines.

Message par Marysol Lavandier le Jeu 8 Juin - 11:09

Un tour de magie.


« Dis, Grand’Pa, Tu crois que j’saurais faire comme lui, un jour ? ». Les yeux de Marysol brillaient d’admiration pour le magicien qui faisait naître, sous les yeux ébahis des villageois, un mélange de boules de feu, pigeons  et poussières d’arcane qui s’envolaient dans un crépitement vers les nuages. Le vieil homme qui l’accompagnait à la foire en ce jour d’automne  serra sa main sur celle de l’enfant, tout à coup très présent. « Il n’y a pas de raison, Marysol, je suis sûr que si tu apprends, c’est comme pour tout, tu sauras faire. Et puis…  tu as peut-être des talents cachés, qui peut savoir ?».

Marysol se dandinait pour mieux voir la scène improvisée sur des tréteaux dans un coin à l’abri de la pluie, à l’entrée du village, se hissant comme elle pouvait sur ses petits sabots de bois, n’ayant, à plus de 10 ans,  plus l’âge d’être portée à bout de bras. « Mais il me faudrait une baguette magique, tu crois pas ? ». Le vieux Lavandier pencha son visage vers elle, amusé. « Ca c’est sûr, il faut toujours de bons outils pour faire du bon travail ».

La petite fille leva les yeux vers son grand-père en fronçant le nez, sous le coup de la réflexion. « Mais… tu saurais faire ça, toi ? Une belle baguette en bois, dans ton atelier, non ? ». Il acquiesça. « Oui, te sculpter un joli bâton est à ma portée, c’est certain. Mais… " . Il se pencha vers elle et continua sur le ton de confidence. « … Il faudrait l’enchanter, qu’il devienne magique…. et ça moi je ne sais pas faire, tu comprends ? ». Marysol l’écoutait avec toute l’attention dont sont capables les enfants, déterminée à trouver la réponse à ses questions. 

« Mais tu connais quelqu’un ? La Dame Blanche, elle peut faire ça, non ? ». Il sursauta imperceptiblement en resserrant sa prise, ce que Marysol traduisit par un accueil positif de son idée. « Oui, hein, on pourrait aller la voir ? Tu m’as dit que tu savais comment y aller, dans sa maison cachée dans l’arbre, tu t’ rappelles ?  tu m’emmèneras, dis ? ».

Le vieil homme se contenta d’acquiescer, perdant son regard sur la scène qui se jouait, essayant sans le montrer de détourner son attention. « Regarde, Marysol, il va couper une dame en deux ! ». Mais la petite fille ne regardait plus, perdue dans la contemplation de ses sabots. Son idée était désormais claire, elle voulait cette baguette en bois et elle irait voir la Dame Blanche pour la rendre magique. Et ensuite elle apprendrait la magie, parce qu’elle était faite pour ça, elle le sentait déjà. Elle comprenait tout très vite, des fois même plus vite que celui qui énonçait le problème, elle savait toujours ce qu’il fallait faire pour se sortir d’une situation difficile pour peu qu’on la laissa improviser, elle pensait communiquer avec sa grand-mère décédée qui lui apparaissait dans ses rêves, et elle pouvait même parfois deviner les pensées des gens voire obtenir d’eux ce qu’elle souhaitait, pour peu qu’elle y croit très fort, et tout ça, c’était de la magie, forcément.

Ce soir là, en s’emmitouflant dans la couverture de laine du lit de plumes qu’elle partageait avec son petit frère Louis, elle adressa une prière à cette Dame Blanche qu’elle n’avait encore jamais vue : où qu’elle soit, si elle l’entendait, elle lui promettait de la servir jusqu’à la fin de sa vie si elle daignait enchanter la baguette qu’elle obtiendrait certainement un jour.

Rassurée car persuadée d’avoir été entendue, elle embrassa le médaillon qu’elle portait au cou, celui qui lui venait de sa grand-mère paternelle, et s’endormit en rêvant d’une Dame aux longs cheveux frisés couleur de neige.
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Re: Le secret des origines.

Message par Marysol Lavandier le Ven 9 Juin - 11:00

Illusion trompeuse.



Quelques mois plus tard, sous le sapin dans la maison illuminée aux couleurs des fêtes d’hiver,  Marysol espérait bien trouver la baguette tant attendue. Elle n’avait eu de cesse d’en parler, évoquant tout ce qu’elle pourrait faire une fois qu’elle l’aurait, essayant même de savoir si son grand-père y travaillait dans son atelier, mais aucune information n‘avait percée, la laissant fébrile d’attente durant toute la fin d’année.

Le soir de la fête, la famille s’était réunie pour partager le repas traditionnel avant de procéder à la distribution des cadeaux qui trônaient sous le sapin. Depuis le début de la soirée, parmi tous les paquets rouge, vert et or, pourtant nombreux, un seul attirait l’attention de la petite fille : rectangulaire, d’une longueur de quelques 70 centimètres, il semblait briller parmi les autres et elle en piétinait d’impatience.

Une fois la table débarrassée et la vaisselle rangée, propre, dans le grand buffet carminois, Grand’Pa distribua les cadeaux étiquetés et chacun s’activa à ouvrir ses paquets, s’extasiant sur leur contenu, souvent utile et assez simple, la famille Lavandier n’ayant pas les moyens du superflu.  

« Celu-cii est pour toi Marysol ». La petite fille venait d’ouvrir quelques petits paquets contenant nécessaire pour écrire et livre de contes mais elle attrapa avec impatience le paquet brillant tant convoité et le posa sur la table pour l’ouvrir. Sous le papier vite déchiré une longue boîte en bois de cageot abritait une très jolie baguette fabriquée dans un bois de hêtre, sculptée de fleurs et personnalisée à ses initiales artistiquement gravées. Curieusement, elle ne brillait plus et Marysol regarda sa mère, désemparée.

«Mais.... Elle est pas magique, elle brille plus. C’pas une vraie !». Son ton était de déception et presque de reproche, son petit menton tremblait de désarroi et les larmes perlaient déjà au coin de ses yeux d'un vert-bleu indéfinissable. Agathe Lavandier se leva d’un bond et vint la prendre dans ses bras, désolée de voir sa fille aussi troublée. « Ma chérie… Nous ne sommes pas magiciens, chez nous, tu sais bien,  et personne ne pourra te l’enchanter que celui ou celle qui te formera, et pour ça il va falloir attendre que tu sois prête ».

Marysol pleurait et ne s’en cachait pas. Agathe ravala son propre désarroi. « Mais tu pourras tout de même t’en servir pour aller te promener dans la forêt. Regarde, elle t’appartient, elle porte tes initiales, personne ne pourra s’en servir que toi, c’est déjà bien, non ? ». Marysol ne répondit pas, et emportant la baguette s’installa dans un coin de la pièce, désemparée, incapable de se raisonner. Le papier avait été recouvert d’une poudre de paillettes qui lui avait donné l’apparence de la magie et elle se sentait trompée. Car elle y avait cru, toute la soirée, persuadée qu’enfin ses prières avaient été exaucées. 

Une heure plus tard, la baguette était posée à terre au milieu des papiers, ne représentant plus rien d’autre qu’un rêve détruit, lorsque Louis, son petit frère, la prit pour imiter le vieux Bartok qui marchait courbé en deux sur son bâton. Le sang de Marysol ne fit qu’un tour et elle se leva d’un bond pour la lui arracher des mains. « N’y touche pas ! C’t’à moi ! Jamais j’te la laisserai toucher, t’entends ? Jamais !!! ».

Occupée à servir du café aux membres de la famille réunie devant la cheminée où crépitait un grand feu, Agathe se retourna pour observer la scène avec un sourire désolé. Ce genre de disputes ne lui plaisait pas mais si cela pouvait permettre à Marysol d’accepter son cadeau, alors c’était plus un bien qu’un mal. Elle suivit des yeux son fils qui repartait en quête d’un nouveau jeu et s’approcha finalement de sa fille pour tenter de lui ré-insuffler un peu de l’enthousiasme qu’elle dispensait d’ordinaire autour d’elle.

« Marysol, tu sais, toutes les grandes magiciennes ont dû attendre d’être en âge d’aller se former loin de chez elles… Le jour où tu seras capable d’aller sur ton propre chemin, tu pourras chercher l’enchanteur qui te guidera. Mais pour le moment, tu es encore une petite fille, notre petite fille, et il est bien trop tôt… tu comprends ? ».

La petite fille hocha la tête pour satisfaire sa mère mais en son for intérieur elle bouillait de rage et d’amertume, regardant plus loin son grand père qui buvait sans un mot son café. C’était évident qu’il savait, lui, qu’il fallait aller voir la Dame Blanche, alors pourquoi il ne disait rien ? Et puis ce n’était pas vrai qu’ils n’étaient pas magiciens dans la famille, Grand’Ma avait des pouvoirs magiques, c’est lui même qui le disait. Alors pourquoi on en parlait jamais, comme si c’était un secret trop lourd pour la famille ?

Dans un accès de colère rentrée, elle enveloppa la baguette dans le papier brillant. Croix de bois, croix de fer, elle partirait à la recherche de cette Dame Blanche, un jour, dût-elle en perdre son innocence.
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Re: Le secret des origines.

Message par Marysol Lavandier le Dim 11 Juin - 10:00

Le bois aux sorcières



« Je te dis que j'suis sûr que c’est par là, tu m’suis ou pas ? ». Eliott tenait à bout de bras une lanterne qui éclairait à peine le chemin qui se dessinait sous les futaies et Marysol regrettait déjà d’avoir faussé compagnie à son père pour s’enfoncer dans la forêt avec un garçon du village, sans aucune assurance de trouver celle dont elle rêvait presque chaque nuit depuis trois ans. 

Depuis cette après midi ensoleillée, Grand-Pa’ n’avait plus jamais parlé de la Dame Blanche. Elle avait pourtant tenté à de nombreuses reprises de faire dériver la conversation, mais chaque fois il avait sciemment évité le sujet, faisant mine de ne pas comprendre ou prétextant que Marysol s’était fait des idées en lisant des contes pour enfants.

Mais elle le savait, il mentait, et ses yeux le trahissaient. La Dame Blanche existait, elle en était certaine, et elle vivait dans une maison installée au fond des bois, creusée dans les racines d’un très gros arbre, quelque part dans une forêt au nord des Carmines. Il suffisait de la trouver, en questionnant les anciens du village ou les colporteurs qui passaient régulièrement à la foire. 

Depuis l’épisode de la baguette trompeuse, chaque fois qu’elle avait pu, elle avait donc posé toutes sortes de questions, prétextant le goût pour les vieux contes et l’envie de les récolter au sein d’un ouvrage qu’elle envisageait d’écrire. Cela les amusait, de voir cette petite fille prévoir aussi sérieusement d’écrire une anthologie des contes traditionnels. « C’est une bonne idée ! » clamait sa mère qui voyait déjà sa fille invitée par la famille royale pour conter lors de soirées à la Cour. « Notre pays regorge de contes merveilleux qui enchanteront le monde, et Marysol a la volonté pour mener ce grand travail à terme ».

Les vieux riaient, attendris par ce petit bout d’enfant aux yeux pétillants de malice, sérieuse dans ses questions et reportant tout dans un gros cahier maintes fois consulté. Et ils racontaient, avec force détails,  ce qu’ils connaissaient de vieilles histoires,  plus ou moins vraies, d’anciennes comptines traditionnelles et de récits horrifiques. Parmi la centaine d’histoires rapportées, une petite poignée faisait effectivement état d’une très vieille femme, tellement vieille  qu’on la disait morte, ou éternelle, une femme aux cheveux blancs qui vivait, disait-on, depuis des centaines d’années, voire des milliers, dans une masure au fond des bois, au Nord Est du bourg, au bord de la Grande Mer.

C’est ainsi qu’avait grandi en elle le projet d’aller à la rencontre de la Dame Blanche.

Y aller seule n’était pas possible, bien évidemment, même pour un petit bout de femme aussi déterminée qu’elle,  mais profiter d’un voyage  avec son père vers le Loch Modan pour accompagner un convoi d’artisans  pouvait lui permettre de mettre son projet à exécution, ce qui s’avéra réalisable en plein hiver 31.

Marysol devait justement commencer à réfléchir à un métier. Son père avait acheté un troupeau de moutons et envisageait d’en tisser la laine, ne pourrait-elle pas devenir couturière ou du moins tisserande, avait-elle proposé à son père. Le convoi d’artisans devait aller visiter des ateliers nains dans le Nord, ne pourrait-elle pas les accompagner ? Et comme le vieux Mervin avait pris comme apprenti le jeune Eliott, de deux ans son aîné, elle ne serait pas seule pendant le voyage, et ne le dérangerait pas. Jimmy Lavandier s’étonna bien de ce soudain intérêt de sa fille pour le travail de la laine, mais à 13 ans il était effectivement temps qu’elle se forme et l’avoir avec elle l’amusait. Il accepta donc.

Dès qu’elle eut l’accord de son père, puis de sa mère, elle entreprit de convaincre Eliiott d’être son complice dans sa quête.  Le jeune garçon, du haut de ses quinze ans, en pinçait en secret pour la fille Lavandier et il ne se fit pas prier. Qui sait si, au détour d’un chemin, il ne pourrait pas lui voler un baiser, dans le feu de l’action. Ils imaginèrent donc fausser compagnie aux artisans le soir où le convoi camperait non loin de la forêt dite “aux sorcières”, preuve patente de la présence de la Dame Blanche en ces lieux selon Marysol.  Leur projet leur semblait fiable et pertinent et ils y croyaient, l’une persuadée qu’elle allait enfin pouvoir être adoubée par la “Reine des sorcières” et l’autre se voyant déjà profiter gentiment de la joue chaude et rose de la jeune fille adossée contre un arbre.

Profitant tous deux que les hommes devisaient en buvant autour du feu de camp, ils prirent donc la poudre d’escampette une fois la nuit tombée, emportant quelques cordes et de quoi se mouvoir dans la nuit, comptant bien être rentrés avant l’aube.

Las… Rien ne se passa comme prévu.

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Re: Le secret des origines.

Message par Marysol Lavandier le Lun 12 Juin - 15:09

Une pépite d’or.



C’est le vieux Mervin qui s’inquiéta le premier en ne voyant pas son apprenti prêt à servir le café comme l’usage le voulait. En bougonnant il alla le réveiller et fut étonné de voir sa litière vide. Il donna un coup de pied dans les couvertures de laine, sans forcer, plus par rage que pour vérifier,  et s’en alla finalement le chercher aux abords du campement, se disant qu’il était allé se soulager. Il le héla à grands renforts de “Eliot !! ’spèce de fainéant !! grouille toi de v’nir servir mon café ou je t’botte le cul qu’tu pourras plus t’asseoir pendant au moins trois s’maines!!! ” réveillant les artisans encore endormis. Mais rien ne bougea.

C’est à ce moment là que Jimmy Lavandier constata que sa fille n’était pas là non plus et il en hurla de rage dans la brume matinale. Très rapidement le camp se mit en émoi. Il n’était pas envisageable qu’Eliott ait entraîné la jeune fille pour en abuser, question d’âge et de mentalité, ni Mervin ni Jimmy Lavandier n’envisagèrent cette hypothèse. Par contre, c’est avec consternation qu’en répondant aux questions de Mervin le père de Marysol commença à entrevoir ce qui avait pu se passer.

Bien évidemment que sa fille avait un “plan” en tête en le suivant jusque là. Depuis qu’il avait accepté qu’elle l’accompagne, elle n’avait cessé de les abreuver de questions sur la Dame Blanche, la magie, le bois aux Sorcières et ce genre de fadaises. Une rapide vérification auprès de leur guide acheva de le convaincre, et il en fut atterré. Le fameux Bois aux Sorcières se trouvait à moins d’une lieu du campement, ils devaient s’y être enfoncés.

Le soleil pointait ses premiers rayons au dessus des collines à l’Est, en direction du bois. Les hommes s’empressèrent de ranger litières et cantine, étouffèrent le feu et, dans un silence lourd, se mirent en route à la queue leu leu, tous les sens en alerte.

Eliot fut retrouvé le premier. Il gisait engoncé entre les racines saillantes d’un gros arbre, endormi, recroquevillé dans une grande capeline de laine usée et bien trop grande pour lui. Réveillé sans ménagement une fois que l’on comprit qu’il s’était sain et sauf il il ne sut pas répondre aux questions de Mervin et de Jimmy. Mary’ avait disparu, ne cessait-il de répéter, hagard et comme terrorisé.

De toute évidence le jeune garçon était choqué mais ne gardait nulle trace de coups ou de blessures. Commotionné, il ânonnait et bégayait à moitié et son regard peinait à s’accrocher à l’un ou l’autre des artisans qui lui parlait. L’alchimiste qui les accompagnait décréta qu’il valait mieux lui donner à boire et le laisser dormir ensuite, il était impossible d’en tirer quelque chose dans cet état.

Il leur fallut plus d’une demie heure d’une marche pénible qui s’enfonçait un peu plus dans un bois dense et épineux pour enfin retrouver Marysol. Au milieu d’une clairière inondée de lumière,  elle était simplement assise sur une souche, tenant en mains la baguette fabriquée par son grand père, et semblait converser en silence avec quelque entité invisible. Elle était “ailleurs”, et nullement terrorisée ou blessée. Juste loin du monde.

Lorsque son père s’approcha lentement d’elle et l’appela, tout doucement, elle redressa son petit visage rond et lui adressa un immense sourire de joie pure. Elle l’attendait, tout simplement. Elle se leva alors, alerte mais calme, et sans un mot mit sa main dans la sienne, lui signifiant d’un nouveau sourire qu’il pouvait l’emmener, ce qu’il fit, abasourdi.

Ils marchèrent ainsi en silence pendant quelques longues minutes, nul n’osant rompre ce moment qui semblait hors du temps. Puis comme s’il allait commettre un sacrilège, Jimmy se pencha légèrement vers sa fille et lui demanda si tout allait bien, exprimant son inquiétude.

Serrant gentiment la main de son père Marysol leva les yeux vers lui et tout en secoua doucement la tête elle lui adressa un nouveau sourire, simple mais empreint d’une certaine maturité, un sourire qui disait simplement “Tout va bien, ne t’inquiète pas”.

De cet événement curieux nul ne sut jamais rien car plus jamais nul n’en parla.

Ni Eliot qui avait tout oublié et même le baiser qu’il avait pourtant tellement désiré. Ni Jimmy qui pourtant essaya avec sa femme Adèle de comprendre ce qui se passait. Ni Grand-Pa' qui s’inquiéta de voir sa petite fille “identique mais différente”. Ni Marysol qui ne se souvenait de rien, sinon qu’elle conservait avec elle sa baguette jour et nuit, et qu’elle portait autour du cou une chaînette sur laquelle était accrochée une petite pépite d’or.

Lorsque, quelques jours après leur retour, sa mère vit la chaînette sur le cou de sa fille, elle la questionna.  Portant alors sa petite main sur la pépite en fronçant le nez, Marysol décréta que c’était “un cadeau magique” fait par son grand-père et qui venait de sa grand-mère, mais que c’était un secret et que l’on ne devait pas en parler.

Adèle accepta son explication mais s’en alla vérifier auprès de James.
L’histoire était-elle véridique ?

Bien évidemment, elle ne l’était pas. Pourtant, Marysol semblait ne pas vouloir s’en défaire, à aucun moment, comme si sa vie en dépendait. Aussi la lui laissèrent-ils.. et finalement l’oublièrent.

Pendant 6 ans Marysol porta donc cette pépite d’or autour du cou, sans jamais l’ôter. Et personne ne s’inquiéta de ce que cette pépite et sa chaîne pouvaient bien représenter pour elle, ni surtout de l’impact qu’elles pouvaient avoir sur l”histoire de la jeune fille.

Pourtant...
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Re: Le secret des origines.

Message par Marysol Lavandier le Mar 13 Juin - 18:39

L’enterrement de Grand’ Pa.


La cérémonie qui s’était déroulée dans la petite église du village avait été sobre, mais très intense.

James Lavandier était un homme respecté et aimé au village et la quasi totalité de la population était venue l’accompagner pour son dernier voyage. Beaucoup de ses amis, de ses proches étaient venus, face à l’assemblée, dire quelques mots, afin de rappeler à la mémoire de tous l’homme bon qu’il avait été.

Marysol était arrivée par griffon une heure auparavant, en provenance de la grande ville où elle travaillait depuis une semaine dans la célèbre taverne de la Chope Sucrée. C’était au début du troisième mois de l’an 37, elle n’était pas prête de l’oublier.

La mise en bière avait déjà eu lieu et elle ne fut pas autorisée à le voir, car il aurait fallu réouvrir le cercueil, ce qui était impossible, même pour sa petite fille.

Elle eut beau implorer le croque-mort, rien n’y fit, elle dut se contenter des paroles rassurantes de sa mère. “Il n’a pas souffert, Marysol, il est parti dans son sommeil. Mais  ses dernières paroles ont été pour toi. Il a dit que tu devais rester toi-même, quoi qu’il advienne".

Elle avait acquiescé, laissant sa mère croire qu’elle comprenait, mais son coeur était déchiré, de ne pas pouvoir le toucher, plus que de raison. Comme si, de ne pas pouvoir l’embrasser une dernière fois, allait la poursuivre toute sa vie.

Les yeux rougis, inquiète, tendue, dépassée par le flot d’émotions qui l’assaillaient depuis le courrier reçu en urgence, et n’avaient pas trouvé à se dire devant le cercueil fermé, elle avait tenu à porter le cercueil avec les hommes, ne pouvant pas rester à l’arrière avec ses parents. Ils en avaient été surpris, mais l’avait laissée faire. Comme d’habitude, elle était déterminée et l’en empêcher aurait causé plus de soucis que nécessaire.

Le croque-mort avait procédé à l’inhumation dans un silence assourdissant et la famille s’était placée près de la fosse pour recevoir les condoléances de l’ensemble des personnes présentes. Cela dura plus d’une heure.

Marysol était épuisée, d’avoir pleuré et écouté toutes ces paroles bienveillantes sur son grand-père, ces rappels sur leur généalogie, les histoires sur  Emma, sa grand mère, que Grand Pa rejoignait enfin, toute cette vie qui lui échappait à jamais.

Au moment de venir à son tour jeter une poignée de terre sur le cercueil, elle eut un mouvement de recul. Elle aurait dû amener un objet, une fleur, un livre, quelque chose à lui laisser pour qu’il l’emporte avec lui. Elle regarda tout autour d’elle, ils attendaient qu’elle jette cette fichue poignée de terre et laisse Petit Louis venir faire ses adieux à son tour.

Mais elle ne pouvait pas se contenter d’une poignée de terre !

Alors, dans un sursaut de conscience éclairée, elle arracha la chaîne et la pépite qu’elle portait toujours au cou depuis ce fameux voyage dans le Bois aux Sorcières. Elle en fut libérée et put enfin laisser partir son grand-père avec un semblant de sérénité.

Plus tard, lorsqu’elle essaya de se souvenir ce qui l’avait animée à ce moment là, de ce qui l’avait traversée lorsque la pépite d’or était tombée sur le cercueil trois pieds plus bas, de ce qu’elle avait ressenti en elle au moment de l’arrachage de la chaîne, elle n’avait qu’une seule image : le fracas d’un orage en mer, lorsque les éléments déchaînés craquent et explosent, déchirent le ciel et prennent les tripes. Une image de fin du monde.

Lorsqu’elle rentra en ville, le lendemain soir, elle n’était plus que l’ombre d’elle même.

Heureusement pour elle, Jeggan l’avait croisée alors qu’elle s’apprêtait à entrer dans une taverne bondée pour se saouler à mort, car c’était bien son intention. Il l’avait entraînée dans une taverne moins animée, l’avait laissée boire le verre d’alcool qu’elle commandait, la faisant parler, un peu. Elle s’était calmée et avait pu rentrer chez elle sans dégâts, suffisamment ivre pour tomber comme une masse dans son lit.

Ce n’est que quelques jours plus tard que les cauchemars avaient commencé. Et c’est seulement à partir de ce moment là qu’elle avait entrevu tout ce que cette pépite d’or pouvait signifier.

Marysol venait de rompre une malédiction vieille de six ans, et elle ne pourrait s’en remettre qu’en racontant ce qui s’était passé ce soir là et depuis lors. Mais cela ne pouvait pas être raconté à n’importe qui, il fallait que ce soit quelqu’un qui soit digne de confiance, quelqu’un de bienveillant, et peut-être même, quelqu’un qu’elle pourrait aimer, une fois l’aveu réalisé.

A partir de ce moment-là, sa quête de l’Autre prit un nouveau tour, bien plus crucial.

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Marysol Lavandier

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