Sermon : Jeannette et le Respect.

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Sermon : Jeannette et le Respect.

Message par Margarethe d'Alun le Ven 23 Oct - 11:56

SERMON : le Respect


La vie regorge de tentations qu’il faut réussir à dépasser et ainsi se mettre en chemin vers l’Eveil. En effet, la vie de chacun est incertaine et nous trompe de bien des manières, nous montrant le Mal pour le Bien, et nous empêchant de voir le Bien.

Je vais vous raconter l’histoire de Jeannette, une jeune fille du village du Val d’Est, fille de bûcherons bien modestes qui, croyant bien faire pour alléger ses parents, s’en alla chercher du travail à l’auberge de Comté de l’Or, le jour de ses 15 ans.

Sa mère et ses soeurs l’avaient pourtant prévenue que le travail qu’on lui proposerait dans cet établissement pour quelques pièces d’argent ne serait pas celui auquel elle croyait, qu’elle devait se respecter et respecter ses aînées, attendre qu’on lui trouve un vrai travail, s’en remettre à la sagesse des anciens.

Mais elle était jeune, jolie, fraîche et souriante, et surtout elle n’avait pas encore entrepris le chemin de l’Eveil et croyait dans sa jeunesse tout avoir compris des hommes et du Monde.

Elle croyait vaguement en Notre Sainte Lumière, priait de temps à autre à l’abbaye et passait parfois aider les moines qui soignaient les blessés. Elle se croyait forte de sa Foi naissante et avait confiance en la Vie. Elle se croyait à l’abri du Mal.

Mais la Tentation est là, dans le coeur de tous, même les plus simples, même les plus nobles et les purs, elle en fit l’amère expérience.

Elle se présenta à l’auberge un jour de marché, la salle commune était bondée d’hommes et de femmes qui s’entretenaient avec bruit et rires depuis des heures, tous un peu échauffés par le vin qui coulait et la chaleur des lieux.

Quand elle passa le seuil de l’auberge, un vieil homme l’attrapa par le bras et tenta de la mettre en garde, là n’était pas sa place. Mais son visage fripé et sali par la terre, sa bouche sombre, son odeur de foin mouillé, tout de l’homme la dégoûta et au lieu de garder son coeur ouvert, son esprit éveillé, elle le repoussa et entra en souriant, attirée par rires et sourires.

Il ne fallut pas longtemps au souteneur du village pour la repérer et venir lui parler, tout de miel et de roses dans ses louanges serviles. Jamais, de sa vie, il n’avait vu aussi belle enfant. Elle était née pour être princesse, vivre dans un palais rempli de merveilles et il allait l’y emmener.

La pauvrette se laissa approcher, séduire, embobiner par le roucoulement du triste sir qui l’emmena dans un coin pour lui « proposer un travail digne d’elle ».

Là, tout en lui racontant combien sa vie allait changer, il la fit boire plusieurs verres d’un vin doux et sucré, coupé d’un élixir de sa fabrication qui tout à la fois l’enivra et lui fit perdre toute raison.

Elle riait tant et plus, elle ne vit pas qu’il l’emmenait au premier dans une chambre à l’écart. Sans cesser de la cajoler et de lui conter fleurette, il la déshabilla et la déflora, sans qu’elle l’en empêche ou même qu’elle s’en rende compte. Ivre et droguée elle était devenue consentante.

Il la laissa alors sur le lit, endormie, avec une bourse d’argent posée près d’elle et partit en quête de plusieurs de ses filles, pour qu’elles puissent la voir dans son plus simple appareil, et comprendre qu’une nouvelle fille de joie venait d’arriver.

Lorsqu’elle se réveilla enfin, elle vit sa robe à terre, l’argent posé à côté d’elle et elle comprit immédiatement ce qui s’était passé. Elle avait vendu son corps pour quelques pièces d’argent. Elle s’effondra en sanglots. Elle était déshonorée et ne pouvait plus rentrer chez elle.

Quand le soir arriva, que l’auberge se vida, c’est le coeur vide qu’elle suivit ses soeurs de peine dans le dortoir commun. Elle avait compris que sa vie, qui s’annonçait si belle et pure au service de la Lumière et de la Vie, allait finalement se dérouler dans les bras de milliers d’hommes qui la cajoleraient pour quelques pièces de cuivre pour des échanges vides de sens et d’amour.

Le lendemain, elle sortit de l’auberge et se rendit sur la petite île au milieu du lac. Elle voulait mettre fin à sa vie. Elle se déshabilla, entra dans l’eau pour laver les souillures de la veille et entreprit de s’avancer jusqu’à perdre pied, espérant que la mort serait brève, certaine qu’elle serait plus douce que la vie.

C’est là que le Père Gaspard, de passage dans le village, la vit et la sauva. N’écoutant que son coeur, il sauta à l’eau, nagea vers elle et la tira presque morte sur les bords du lac. Une fois réchauffée, rhabillée, il l’emmena à l’abbaye et la prit en confession.

L’expérience avait été terrible, son coeur enfin s’était ouvert. Elle raconta son aventure et parla du vieil homme quand tout à coup elle comprit que c’était lui, le Père Gaspard, qui, grimé en vieux, l’avait interpellée.

Cet éclair de lucidité fut un choc qui lui rendit le sourire. Ainsi la Lumière, dans son infinité bonté, lui avait permis d’expérimenter, de façon certes difficile et dure, combien elle devait prendre à son compte la première Vertu, Respect de soi mais aussi Respect des autres et du monde.

La Vie nous donne chaque jour de quoi s’ouvrir à la Lumière et se remettre sur le chemin de l’Eveil. Il nous appartient de le sentir, le discerner, et l’accepter.




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Margarethe d'Alun
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